Suite de notre tour d’horizon du monde végétal : les végétaux inférieurs (partie 2)

Après mon article sur les 2 classifications du vivant et pour poursuivre cette série d’articles introductifs à la botanique, je voudrais maintenant vous présenter 2 grands groupes de plantes qui constituent les végétaux inférieurs, végétaux dont le cycle de vie est très dépendant de l’eau, avec des exemples de plantes utilisables.

algues vertes, brunes, rouges et bryophyte

Les premiers végétaux qui sont apparus il y a 3,8 milliards d’années étaient marins : les algues. Elles ont évolué, se sont diversifiées et ont colonisé les eaux douces terrestres et les habitats humides.

Certaines ont réussi par leur évolution à s’affranchir d’un milieu exclusivement aquatique : elles ont engendré les mousses qui vivent à l’air libre mais ont besoin de beaucoup d’humidité ambiante pour vivre car elles sont dépourvues des racines qui leur permettraient d’aller chercher leur eau dans le sol.

Voyons donc plus en détail ces 2 groupes de plantes « inférieures » car elles n’ont pas de vaisseaux pour conduire de la sève (d’ailleurs, elles n’en ont pas).

Vous êtes prêts ? Nous commençons avec les algues…

algues phytoplanctoniquesIl existe des algues unicellulaires comme la spiruline, alors que d’autres sont pluricellulaires : de nombreuses cellules formant des filaments ou constituant des organismes plus évoluées. Celles qui se laissent dériver dans le courant sont appelées phytoplancton (ci-contre).

Parmi les algues, on trouve plusieurs groupes distincts. Leur classification moderne est très compliquée, ainsi je ne vais pas rentrer dans les détails :

  • les algues rouges, alias les Rhodophycées dans la classification (rhodo = rouge en grec, phycée = algue),
  • les algues brunes, alias les Chromophycées (chromo = de couleur),
  • les algues vertes, alias les Chlorophycées (chloro = vert),
  • d’autres groupes d’algues qui sont microscopiques : diatomées, euglénophycées, dinophycées et algues bleues.

Ci-dessous, nori la brune (Porphyra tenera), dulse la rouge (Palmaria palmata) et ulve la verte (Ulva lactuca) :

algues brune, rouge et verteDésormais, quand vous verrez des algues vertes sur la plage, vous pourrez vous faire passer pour un(e) botaniste chevronné(e) en vous exclamant : « Oh, des Chlorophycées ! »

Les algues évoluées se développent sous forme de thalle, un tissu plat indifférencié. Cela veut dire que leur « corps » est identique d’un bout à l’autre : une sorte de feuille d’algue étalée au rouleau à pâtisserie, parfois découpées en lanières ou avec des ramifications (comme une branche), mais dans laquelle on n’observe ni racine, ni feuille, ni tige, ni canaux de sèves (véritables organes, apanages des plantes supérieures, voir article suivant).

Laminaria a des crampons pour se fixer au substratAu mieux les algues les plus évoluées ont développé des flotteurs dans leur thalle comme le fucus vésiculeux ou se fixent aux rochers grâce à un crampon comme les laminaires (Laminaria digita, ci-contre).

Les algues se reproduisent en libérant des cellules reproductives dans l’eau et en laissant le hasard faire les choses, elles sont donc pour cela totalement dépendantes du milieu aquatique.

Exemples d’utilisations :

Il y a des algues comestibles comme les 3 en photo ci-dessus : le nori japonais, la dulse ou la laitue de mer (oui, celle qui fait les marées vertes en Bretagne). Elles sont souvent cuisinées dans des soupes ou parfois séchées, réduites en paillettes et à ajouter aux préparations.

carraghénanes du chondrus utilisés comme gélifiantOn extrait aussi de certaines algues des substances gélifiantes pour l’industrie agro-alimentaire : les alginates du goémon (varech ou Fucus vesiculus) pour les charcuteries, les carraghénanes de Chondrus crispus pour les flans et le dentifrice.

Dans mon article sur la pectine des fruits, gélifiant naturel pour confiture, un lecteur a dit dans les commentaires qu’il utilisait des carraghénanes pour ses confitures.

On peut en faire des compléments alimentaires comme la spiruline qui se prend en cure, algue microscopique bleue, riche en protéines, en acide alphalinolénique, en vitamines et bénéfique pour le système immunitaire et la vitalité.

Des algues comme le goémon servaient d’engrais pour les terres bretonnes et le maërl (Lithothamnium calcareum, algue formant des croûtes calcaires) servait d’amendement pour les terres acides. Certaines substances issues des algues servent en cosmétique, en pharmacie, dans les peintures…

On parle aussi de produire des algues pour faire du biocarburant avec pour argument que cela éviterait la déforestation. Mais cela posera de toute évidence d’autres problèmes, le plus important me semble de réduire nos consommations à leur source…


On continue avec les mousses

Les mousses viennent après les algues dans l’ordre de l’évolution. Ce sont « des algues sorties de l’eau »… Mais comme elles n’ont « pas encore inventé » les racines (chose que feront les fougères, voir article suivant), elles sont dépendantes des milieux humides et ombragées. Elles absorbent donc l’eau directement à travers la paroi de leur corps comme des éponges. Elles s’accrochent au substrat par des sortes de crampons appelés rhizoïdes.

Sans rentrer dans les arcanes de la classification, il en existe de différentes sortes :

  • certaines, primitives et proches des algues avec un thalle peu différencié, ont inventé le stomate, ce « trou » dans les feuilles qui leur permet d’échanger dioxygène, dioxyde de carbone et eau avec l’air : groupe des Anthocérotes (photo de gauche),
  • d’autres ont également un thalle peu spécialisé ou ont des feuilles : groupe des Hépatiques,
  • d’autres sont encroûtantes ou ont évolué vers des structures tiges-feuillesgroupe des Bryophytes ou mousses vraies (photo de droite).

Je vous invite à cliquer sur les liens ci-dessus pour admirer les photos de la Société Botanique de France.

mousse à thalle et mousse feuilléeLes mousses se reproduisent en libérant aux vents des cellules reproductives qui, après fécondation, donne un individu qui va fabriquer de nombreuses spores pour la dissémination et le cycle reprend. Elles se sont donc partiellement affranchies du milieu aquatique pour leur cycle de vie, contrairement aux algues.

Au sujet de leurs utilisations :

Malgré quelques recherches documentaires, je n’ai pas trouvé d’utilisations humaines des mousses, encore moins des utilisations alimentaires. J’ai bien entendu consulter le Guide de François Couplan, mais il commence par les prêles et les fougères aigles, venant après dans l’ordre évolutif… Si vous avez des infos à ce sujet, n’hésitez pas à laisser un commentaire, j’éditerai mon article.

Poursuivez la lecture de ce cours avec la lecture de l’article suivant sur les 3 groupes de végétaux supérieurs, dont les utilisations sont très nombreuses.

Tags :  – cours de botanique facile

classification des algues et des mousses

– utilisations des algues

29 réflexions au sujet de « Suite de notre tour d’horizon du monde végétal : les végétaux inférieurs (partie 2) »

  1. christian @ conseils jardinage

    Bonjour
    et meilleurs voeux pour 2013.

    La mousse est très utilisée pour la fabrication de décors floraux, bouquets et compositions. Elle sert également, surtout la sphaigne, comme support de culture pour les orchidées, les plantes carnivores et bien d’autres encore. C’est un support de culture très intéressant pour ça qualité de rétention en eau et ça façon de la restituer.

    Répondre
    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Christian,
      Merci pour tes voeux et pour ces précisions concernant les utilisations des mousses par les fleuristes et les jardiniers. C’est vrai qu’elles ont une grande capacité à retenir l’eau, mais aussi à supporter le dessèchement puis à se réhydrater quand il pleut ou qu’on les arrose.
      Très bonne année 2013 à toi aussi !
      Jérémie

      Répondre
  2. Gilles

    Bonjour Jérémie,

    Après une première partie très intéressante, la deuxième l’est tout autant !
    avec en prime, les utilisations possibles…

    Merci beaucoup pour ce partage de connaissances botaniques.
    J’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres.

    Bonne journée,
    Gilles

    Répondre
    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Benjamin,
      Oui, les végétaux supérieurs actuels proviennent en fait des algues, mais il faut voir ça sur des millions d’années d’évolution 😉
      Jérémie

      Répondre
  3. Sophie

    Bonjour, je suis tombée sur cette page au hasard de mes recherche sur les végétaux. Fleuriste de formation, la mousse végétale est en effet très utilisée pour cacher des tiges ou des racines, créer des cadres végétaux entre autre. Mais elle est aussi très à la mode avec un dérivé du land art voire street art avec le graffiti végétal! On peut la découper à sa guise, la coller sur les supports (murs, arbres…) avec une colle naturelle (à base de farine, de sucre et d’eau) et ainsi créer des œuvres naturelles qui peuvent même continuer de vivre si l’endroit est bien exposé et humidifié comme il faut. Je trouve la mousse végétale vraiment intéressante pour les activités manuelles et créatives!

    Répondre
    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Sophie,
      Des graffitis avec de la mousse ! Je ne connaissais mais je trouve ça marrant 😉 Et effectivement, même un petit bout de mousse peut repartir pour peu que les conditions de son nouvel habitat lui plaisent, sa capacité de régénération est vraiment impressionnante (après un fort dessèchement, je crois qu’on parle de reviviscence).
      Jérémie

      Répondre
  4. Sophie

    Re! En effet on appelle ça le pouvoir de reviviscence! Et si les graff naturel t’inspirent, sache qu’en mélangeant du yaourt nature et de la mousse (même sèche donc!) on peut écrire ou dessiner sur un mur avec. Toujours bien exposée et humidifiée régulièrement au début avec un vaporisateur , la mousse poussera là où on l’aura appliquée! Génial pour réaliser des dessins avec les enfants! 😉

    Répondre
  5. Geralyn@restaurant bordeaux

    Bonjour,

    Personnellement j’avais déjà fais une cure de spiruline non pas sous forme de gélule mais d’algues séchées. Côté goût c’était excusez-moi écoeurant avec comme un odeur de poisson mais j’ai tenu bon pour les vertus qu’elle possédait notamment pour perdre un peu de poids naturellement et éviter le cholestérol.

    Répondre
  6. loisirs-en-ligne

    Bonjour,

    J’aime beaucoup l’idée des graffitis naturels d’autant plus que l’on peut justement maîtrisé la surface sur laquelle on souhaite les voir pousser! Merci à Sophie pour l’idée déco dont un vilain mur dans mon jardin en aurait bien besoin.

    Répondre
    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonsoir Didier,
      Parmi les végétaux inférieurs, les mousses se reproduisent avec des spores et les algues libèrent dans le milieu aquatique des spores (reproduction asexuée) ou des spermatozoïdes et oosphères (reproduction asexuée).
      Les fougères se reproduisent avec des spores mais elles font partie des végétaux supérieurs. Par contre, les autres végétaux supérieurs (conifères et plantes à fleurs) utilisent bien des graines.
      J’espère avoir éclairci les choses, merci de votre intérêt pour l’article !
      Jérémie

      Répondre
  7. thibaut @ restaurant japonais

    Très intéressant cette explication sur la manière dont son manufacturées les algues pour en faire des planches utilisables en cuisine. J’avoue ne m’être jamais trop posé la question de savoir comment les algues qui recouvraient mes sushis était mises en plaque, pour moi, il s’agissait simplement d’algues qui étaient séchées… Merci pour cet éclaircissement !

    Répondre
  8. matthieu

    Merci pour cette leçon de botanique, j’ai toujours aimé cette matière depuis le collège, cela me rappelle bien en effet les cours de sciences de la vie et de la terre, quelle nostalgie !

    Répondre
  9. Bruno

    Cet article est très sympa mais il y a une petite erreur qui mériterait d’être corrigée : la nori (porphyra) n’est pas une algue brune mais une algue rouge. La laminaire (laminaria digitata) citée plus bas est brune.

    Répondre
  10. Léa

    Très intéressant. J’ai lu quelque part que la phycoerythrine contenue dans les algues rouges était susceptible d’aider au traitement de maladies dégénératives des yeux ou du coeur et de certains cancers. En tous cas la recherches médicale s’intéresse de plus en plus au vertus des algues.

    Répondre
  11. Lise

    Bonjour
    J’essaie d’apprendre un peu de botanique, et je débute tout juste. C’est difficile de trouver sur internet quelque chose d’abordable pour quelqu’un qui n’y connait rien, alors je trouve que vos articles sont une très bonne idée !
    Je suis un peu perdue à propos des sphaignes et j’ai du mal à m’en sortir en cherchant sur internet… Peut-être pourrez-vous m’éclairer ?
    J’ai vu récemment un documentaire sur les bryophytes où les sphaignes étaient décrites comme un groupe faisant partie des bryophytes (avec les anthocerotes, les hépatiques et les mousses vraies). Mais plus tard je suis tombée sur une site où on disait qu’elles faisaient parties des mousses vraies… Du coup… Que croire ??
    Merci si vous pouvez m’aider :).
    En tous cas merci pour vos articles, ils m’aident beaucoup à y voir plus clair dans tous ces groupes !

    Répondre
  12. Vanda

    Passionnée par la nature, les animaux et les fleurs en particulier, j’ai lu avec grand intérêt cet article. Lors de ma prochaine plongée au large de la baie de La Baule je regarderais la faune d’un autre œil.

    Répondre
  13. Caracao

    Nous avons beaucoup apprécié cet article, qui nous a permis d’approfondir nos connaissances botaniques! Nous vous conseillons le livre, je cite : « La botanique pour les nuls »
    Bonne journée et à bientôt!
    M&M’S

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *