Syngenta défend le Cruiser, son insecticide tueur d’abeilles

Le 29 juin dernier, Syngenta a annoncé qu’elle allait saisir dès que possible la Commission européenne contre la décision française d’interdire son insecticide tueur d’abeilles, le Cruiser, pour traiter les champs et les semences de colza.

L’enjeu est de taille pour l’apiculture et l’agriculture françaises, mais aussi européennes…

champs jaunes de colza en fleur

Comme j’en avais parlé en juin dans mon article sur le maïs OGM MON 810 et l’insecticide Cruiser, le thiamethoxam contenu dans le Cruiser est un des responsables identifiés de la mortalité en très forte hausse des butineuses en perturbant leur « retour à la colonie » (étude de l’Inra validée par l’Anses).

Cela les rendrait également plus sensibles aux parasites et aux maladies auxquels elles succombent.

Ce phénomène de mortalité massive est appelé « syndrome d’effondrement des colonies » dans le monde apicole.

Ministre français versus Syngenta

semences de colzaAu nom du principe de précaution, Stéphane Le Foll, notre ministre de l’agriculture, a donc supprimé l’autorisation de mise sur le marché de l’insecticide Cruiser en juin dernier et a interdit d’importer en France des semences de colza traitées avec ce produit. Il a demandé que de telles semences soient interdites dans l’Union Européenne.

Il a également exprimé sa volonté d’interdire à l’échelle européenne les néonicotinoïdes (famille chimique dont fait partie la molécule active du Cruiser), toujours au nom de ce principe de précaution (ça nous change !).

Le débat devrait donc prochainement s’ouvrir à Bruxelles. D’autant que Syngenta, la société qui fabrique le Cruiser, n’est pas contente de la décision de notre ministre et va réclamer à l’UE de lui donner le droit de continuer à commercialiser son produit polluant.

En effet, d’après un règlement européen (le n°1107/2009), utiliser des produits phytosanitaires non homologués est interdit, mais importer des semences traitées avec de tels produits ne l’est pas.

Selon l’interprétation que l’on fait du règlement, la conclusion est différente concernant les semences enrobées avec ces produits non homologués :

  • elles sont interdites d’après l’Union Nationale de l’Apiculture Française,
  • elles sont autorisées d’après le porte-parole de Syngenta, Laurent Perron.

La question des semences est donc à la limite du droit européen et Syngenta va chercher à jouer sur les mots pour faire interpréter le règlement en sa faveur…

Précision : le porte-parole de Syngenta ose prétendre que la décision française est grave puisque, selon lui, il n’y a pas d’alternative au Cruiser pour lutter contre les pucerons qui s’attaquent au colza… Quelle mauvaise foi !

Agriculture bio et abeilles

abeille butinant une fleur de maïs

Pour ma part, j’espère bien que l’UE appuiera la décision française, ce qui avalisera aussi les décisions similaires d’autres pays européens : l’Italie, l’Allemagne et la Slovénie ont interdit le Cruiser sur le maïs. J’espère aussi que dans quelques mois, ce type d’insecticide (les néonicotinoïdes) sera interdit dans l’UE pour tout type de cultures.

Car ce n’est pas comme si on ne savait pas faire sans : l’agriculture biologique est capable de proposer des alternatives efficaces aux traitements phytosanitaires.

Pour preuve : les agriculteurs italiens ont cultivé du maïs sans Cruiser pour la quatrième année consécutive sans observer de baisse de rendement. Par contre, depuis l’interdiction de ce produit, la mortalité des abeilles italiennes est passée de 38 % à 15 %.

Il y a donc encore du boulot en France concernant le Cruiser car il est toujours autorisé sur le maïs, le pois et la betterave… Et en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni sur les champs de colza.

six ruches sous les arbres

Il y a urgence puisque les abeilles butinent les fleurs de ces plantes et meurent… En effet, les ruches sont placées près des champs pour en améliorer la pollinisation et donc la production.

abeille sur des fleurs jaunes de colzaLes abeilles (et tous les pollinisateurs en général) sont donc très importantes d’un point de vue économique, sans parler du point de vue écologique… Environ 80 % des plantes à fleurs de la planète sont dépendantes des pollinisateurs pour leur reproduction. Parmi elles, 90 % des plantes que nous cultivons le sont (tournesol, colza, maïs, etc.).

Il conviendrait donc d’en prendre le plus grand soin !

Si, comme moi, vous êtes sensibles à l’importance des abeilles et aux dangers qui les menacent, voici une pétition de Pollinis pour l’interdiction des néonicotinoïdes qui sera envoyée à notre Ministre de l’Agriculture. J’espère que cela l’appuiera dans sa démarche.

Faites-moi savoir par un commentaire si vous avez signé cette pétition et ce que vous pensez des sociétés chimiques comme Syngenta.

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