« Mauvaise herbe » : connaissez-vous l’origine de l’expression ?

L’expression « mauvaises herbes » désigne aujourd’hui toutes ces plantes que l’on ne souhaite pas voir pousser anarchiquement dans les jardins et sur la voirie, et qui pourtant s’y évertuent avec malice, poussant parfois même mieux que les plantes que l’on cultive et bichonne… Un comble !

Et pourtant, l’étymologie n’est pas d’accord avec le sens actuel donné à l’expression et la biodiversité ordinaire non plus…


Étymologie

Parmi leurs rangs se cachent en fait de nombreuses plantes que l’on peut cuisiner et/ou qui ont des vertus médicinales. C’est d’ailleurs dans cette utilisation curative que l’expression « mauvaises herbes » trouve ses racines. Autrefois, ces plantes étaient appelées « herbes au mal » signifiant herbes qui soignent les maux, les maladies. Cette locution s’est transformée en « malesherbes » (comme le boulevard) et son sens a dérivé vers « mauvaises herbes » dans le sens d’indésirables ou de néfastes quand on les a délaissées au profit de la médecine chimique moderne et qu’on a préféré avoir des jardins bien propres et ordonnés.

De nombreuses plantes ne méritent pas cette appellation négative tant elles proposent de nombreuses et louables utilisations : légumes cuits ou crus, fleurs, fruits et graines nutritifs et savoureux, infusions, plantes médicinales aux multiples vertus, purins aux propriétés bénéfiques pour le jardin, matière première pour des textiles…

Les accepter dans son jardin présente beaucoup d’avantages si l’on est décidé à les utiliser : l’ortie, le pissenlit, le plantain, la petite oseille, la ronce, le coquelicot, l’églantier (rosier sauvage), etc.

Sans nul doute, une appellation plus moderne comme « bénéfiqu’herbes » pourrait entrer dans les mentalités pour qualifier ces plantes utiles et consommables !

Et s’il y avait des raisons d’inviter ces herbes ?

En acceptant de modifier légèrement notre regard, on peut reconnaître que beaucoup d’entre elles sont belles et pourraient être intégrées au jardin pour un rôle ornemental, au côté des hortensias et autres azalées. Avez-vous remarqué la délicatesse de la fleur de rosier sauvage (regardez donc ma bannière), la sérénité qu’apporte la contemplation d’un bouquet de fleurs bleues de chardon (cf. la photo en tête d’article) ou la joie que procure un tapis printanier de fleurs de pissenlit ?

De plus, elles présentent un intérêt pour la préservation de la biodiversité ordinaire. Par biodiversité ordinaire, on désigne les êtres vivants qu’on a l’habitude de voir et qui ne sont pas des espèces patrimoniales, emblématiques ni protégées : les papillons, les abeilles, les moineaux, les tourterelles, les musaraignes, les crapauds, les hérissons (friands de limaces)… Je cite ici des espèces animales, mais cette appellation concerne aussi les espèces végétales. A l’image de la biodiversité mondiale (diminution de 30 % sur les 40 dernières années, d’après le rapport Planète Vivante 2012 du WWF), les effectifs de ces espèces ordinaires sont en régression car leurs habitats naturels sont fragmentés et disparaissent à cause de l’urbanisation et de l’agriculture intensive. Je pense par exemple aux prairies, aux réseaux de haies, aux forêts, aux zones humides, etc.

En effet, la biodiversité dépend de la diversité des milieux naturels et de leur connectivité, c’est-à-dire du fait qu’ils soient nombreux et bien reliés entre eux. Un îlot de végétation sauvage au milieu de grands champs de monoculture céréalière s’appauvrira et finira par être déserté en faune et en flore tant il sera isolé (sans parler de l’effet des pesticides)…

Il est intéressant de noter que l’on trouve près de 200 espèces dans une pelouse naturelle (soit autant de ressources différentes pour la faune) alors qu’un sachet de gazon industriel n’en compte qu’une quinzaine, pour la plupart sensibles à la sécheresse et aux inondations. La pauvreté du gazon industriel en terme d’habitat et de nourriture n’est pas favorable à l’épanouissement de la biodiversité, surtout s’il est traité au désherbant sélectif pour en supprimer les plantes à fleurs (sources de pollen et de nectar).

D’autant que si l’on prend le cas des butineurs en général et pas seulement des abeilles (tous gravement menacés et pourtant si essentiels aux écosystèmes et aux humains par leur rôle de pollinisation), ce qui est important c’est l’étalement des floraisons tout au long de l’année pour avoir à manger en continu. Donc, plus il y a d’espèces florifères, mieux c’est.

Et le must, c’est quand il existe dans un jardin différents étages de végétation, on parle de « strates » de végétation. Pour les passereaux, la strate arborescente offre des endroits pour faire son nid à l’abri et les strates arbustive et herbacée fournissent une nourriture riche et variée : graines, larves et adultes d’insectes, etc. Et qui ne s’est jamais amusé d’une volée de moineaux jouant furieusement dans les buissons ?!

Alors, rien de tel qu’un massif de ronces et de fougères pour abriter les mulots et les merles, ou une étendue de trèfles en fleur pour nourrir les bourdons et les abeilles !!! 😉

Dès que j’aurai de nouveau un bout de terre à louer, je laisserai un coin en friche ! Mais je prendrai tout de même mes précautions pour ne pas laisser envahir le reste du jardin, notamment le potager (là, je pense à l’ortie par exemple).

Et vous, trouvez-vous ces raisons suffisantes pour laisser se développer quelques bénéfiqu’herbes dans un coin de votre jardin ? A quoi êtes-vous le plus sensible : à la possibilité d’y faire votre marché ou de préserver un peu de biodiversité ordinaire ?

12 réflexions au sujet de « « Mauvaise herbe » : connaissez-vous l’origine de l’expression ? »

  1. A-Marie

    Bonjour et merci pour ton passage sur mon blog. Je ne suis pas convaincue que cette voie est celle à suivre pour répondre à ton message ? et de plus, j’aimerais suivre tes  » posts  » assez régulièrement, que faire ? Bon we, A-Marie

    Répondre
    1. Jérémie

      Bonjour Anne-Marie,
      Tu as l’honneur d’avoir posté le premier commentaire sur mon blog 😉 Merci !
      Pour suivre mes posts, il faudrait que je crée un abonnement à une liste de diffusion ou à un flux RSS. Mon blog est récent, alors je mettrai ça en place prochainement. Ca me fait plaisir que tu demandes cela car ça signifie que tu trouves le contenu intéressant, et comme c’est le premier retour que j’ai, je trouve ça positif…
      Pour ma question sur les serres de Laeken, je viens de voir que tu y avais répondu sur ton blog.
      A bientôt,
      Jérémie

      Répondre
  2. Marc

    Bonjour,
    Je ne connaissais pas cette interprétation du terme « mauvaises herbes », que je trouve très revalorisante pour les plantes en question. Pour avoir déjà fait quelques recherches sur le sujet, je n’étais jamais tombé sur cette étymologie. Où l’avez-vous trouvée ? Pourriez-vous me communiquer vos sources ?
    En vous remerciant,

    Marc

    Répondre
    1. Jérémie

      Bonjour Marc,
      Effectivement, l’expression prend un sens nouveau… et revalorisant comme tu le soulignes. Je ne me rappelle plus où j’ai trouvé cette étymologie, c’était il y a plusieurs années quand j’ai commencé à m’intéresser au sujet, l’info m’avait marqué et je l’avais gardée en tête.
      Si je regarde la période où j’ai trouvé l’info, il est possible, mais ça reste une supposition, que ce soit François Couplan qui m’en ait parlé (mais je ne veux pas lui attribuer des propos qui ne seraient pas les siens). En effet, à cette époque, j’ai lu plusieurs de ses livres et fait un stage avec lui.
      A bientôt,
      Jérémie

      Répondre
  3. Gilles

    Bonjour Jérémie,

    Bravo pour cet article très complet.
    J’ignorais l’origine de l’expression « mauvaises herbes » et suis ravi de l’apprendre.
    Toute herbe a son utilité et participe de l’équilibre d’un jardin. vouloir éliminer toutes les herbes « indésirables » dans un potager bio est une hérésie.
    Pour information, les professionnels du bio (dont je suis) ne parle plus de « mauvaise herbes » mais d’adventices. Pourtant, beaucoup continuent à les combattre avec acharnement. Puisse ton article les faire réfléchir.
    Cordialement,
    Gilles

    Répondre
    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Gilles,
      Merci pour ton commentaire. J’ajouterai qu’en plus d’être une hérésie, chercher à éliminer toute adventice d’un potager ou d’un champ (bio ou pas) est impossible… Car la banque de graines présentes dans le sol est quasiment inépuisable.
      Mais en réduire la pression sur les plantes cultivées est possible, la filière bio a d’ailleurs fait de sacrés progrès ces dernières années.
      Notons que certaines herbes « indésirables » sont comestibles 😉 Je publie jeudi un article à ce sujet.
      Jérémie

      Répondre
  4. Zelulu

    Bonjour,
    J’ai un jour lu cette phrase que je n’ai jamais oubliée : « ce ne sont pas des mauvaises herbes, mais des bonnes herbes au mauvais endroit ». Depuis, je me contente d’enlever les plus perturbantes et d’essayer de savoir à quoi peuvent servir les autres.

    Répondre
  5. yannick

    Bonjour Jérémie,

    Je suis venu visiter ton lien via le site de Loic et je te remercie pour cet article très complet qui m’en a appris beaucoup.

    A très bientôt
    Amicalement
    Yannick

    Répondre
  6. Dame Nature

    Bonjour Jérémie,
    Je suis enchantée d’avoir découvert votre blog par le lien présent sur celui de Loïc.
    J’ai fait une formation à l’observation sensible et globale des plantes sauvages avec Anne laure Rigouzzo-Weiller de Prometerre Programme Université des Plantes à Lagrasse.

    http://www.apma.fr/plantes.pdf
    http://www.payscorbieresminervois.fr/IMG/pdf/prometerre_journee_plantes_des_femmes.pdf

    C’est vraiment çà, découvrir les propriétés des plantes gràce à nos 5 sens et leurs applications avec une méthode opérationnelle dans n’importe quelle contrée.
    J’anime un Club Nature, adhérent à la FCPN Connaitre et Protéger la Nature, dont la particularité est d’être situé au sein d’une prison. Je travaille sur le thème « les vertus des plantes en lien avec les vertus humaines » et mon leitmotiv est « les mauvaises herbes ont des vertus des deux côtés du mur » …….. oui « elles » soignent notre mal oui « elles » sont foncièrement bonnes mais à un mauvais endroit à un mauvais moment comme dit par un commentateur. Vraiment cela me réconforte de savoir que ces formules vous parlent, souhaitant que de plus en plus de monde partage cette approche à propos des végétaux et l’applique aussi à l’humain.
    J’aimerai tellement que vous puissiez venir nous parler de tout cela sur place.
    Merci pour ce partage de connaissances et de recettes sur votre blog.
    A bientôt

    Dame Nature
    (pas celle que l’on présente comme méchante qq jours du mois dans la pub, la nature est entière ni bonne ni méchante elle est vraie)

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *